Pièce sur un fragment de Sexus (H. Miller)

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Description

Effectif : Hautbois, trompette en sib, piano, violoncelle, petite timbale.
Création : 13.01.2010, ZOOM-FOCUS, Universität der Künste, Berlin
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A l'époque de l'écriture de Pièce sur un fragment de Sexus (H.Miller), j'étais préoccupé par l'idée de clarté et de limpidité d'un projet musical. L'écriture de Miller, de par sa franchise et son immédiateté, m'avait paru un bon point de départ. De plus, la problématique du texte portant sur la solitude dans la création artistique et sur l'incompréhension par les autres de son propre travail reflète de nombreuses préoccupations de notre démarche compositionelle.

C'est cette double idée de solitude et d'incompréhension que j'ai tentée d'exprimer ici. D'une part par un solo de timbale, doublement isolé de par son timbre et de par la grande homogénéité des autres instruments et d'autre part par le cris de ces instruments exprimant leur incompréhension par rapport à cette timbale se bornant, sans succès apparent, à vouloir faire corps avec le groupe. Et finalement par une citation pseudo-mozartienne, mettant en branle notre propre compréhension de la pièce et nous questionnant alors, de par son inopportunité, sur le bien-fondé de l'édifice mis en place.

Texte original

« Sans avoir le talent ni la science nécessaire pour ajouter ne serait-ce qu'un porche à la façade de l'énorme édifice, je n'ai pour l'architecture elle-même que critiques et lamentations. Si seulement je pouvais me dire que je suis une brique, même très modeste, insérée dans les murs de cette vaste cathédrale de style démodé, je serais infiniment plus heureux, j'aurais pour moi la vie, la vie de la structure entière, si faible et infinitésimale qu'y soit ma part. Mais l'accès à l'édifice me demeure interdit ; je ne suis qu'un barbare qui n'est même pas capable de tracer un croquis grossier (à fortiori un plan) de la construction qu'il rêve d'habiter. Je rêve d'un monde neuf, éclatant de magnificence, et qui s'écroule dès qu'on donne la lumière. Un monde qui s'évanouit mais qui ne meurt pas, car il me suffit de faire encore le mort, d'ouvrir les yeux tout grands et fixes dans le noir, pour qu'il réapparaisse. Il existe donc en moi un monde qui ne se compare à aucun monde de ma connaissance. Je ne la tiens pas pour ma propriété exclusive – seul mon angle de vision est exclusif, parce qu'unique. Si je parle le langage de cette vision unique, personne ne me comprendra. Ainsi j'aurai dressé, un édifice colossal, le plus géant de tous peut-être, mais qui demeurera invisible. Je suis hanté par cette pensée. A quoi sert de bâtir un temple invisible ? »

Henry Miller, fragment de Sexus (La Crucifixion en Rose), 1949, p.31-32 (ed. Buchet/Chastel).

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