Parolles gelées

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Description

Effectif : Soprano, flûte, clarinette, percussion, piano, violon, violoncelle.
Création : 28.11.2009 par l'ensemble ON. Direction Thomas van Haeperen festival LOOP 2, à l'Espace Senghor, Bruxelles.
Source : Commande du des Compositeurs et Prix André Souris 2009.
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Les parolles gelées se basent sur le texte éponyme extrait du Quart Livre (1552) de F. Rabelais. Ce texte met en scène des bruits et cris de combat emprisonnés dans la glace lors d'une grosse et cruelle bataille qui eut lieu juste avant un grand froid. Le printemps revenant, la glace fond et les paroles sont ouïes par Pantagruel et ses compagnons, banquetant dans les environs.

Rabelais imagine par cette incroyable histoire la première forme d'enregistrement sonore. Les parolles gelées sont issues de ma fascination pour les pionniers de l'enregistrement musical. Des pantins de la fin du 18ième siècle véritablement interprétant les plus célèbres pages de Händel aux premiers Brandebourgeois d'Alfred Cortot, l'enregistrement est un formidable legs du passé précieux de par son témoignage.

Mais qu'en est-t-il aujourd'hui? Comment la grande expansion d'après guerre de l'industrie de l'enregistrement sonore a-t-elle pu transformer notre façon d'écouter, d'écrire, de jouer et de penser la musique? Considérons Pantagruel, découvrant les paroles et ne les comprenant pas. C'estoit languaige Barbare. La pièce est une narration musicale du texte de Rabelais qui reprend l'idée de l'appauvrissement sonore subséquent à un enregistrement.

Textes originaux

« Icy est la confin de la mer glaciale, sus laquelle feut au commencement de l'hyver dernier passé, grosse et felonne bataille entre Arismapiens et les Nephelibathes. Lors gelerent en l'air les parolles et crys des homes et des femmes, les chaplis des masses, les hurtys des harnoys, des bardes, les hannissemens des chevaulx et tout aultre effroy de combat. A ceste heure, la rigueur de l'hyver passée, advenete la sérénité et temperie du bon temps, elles fondent et sont ouyes. »

« Lors nous jecta sus le tillac plenes mains de parolles gelèes, et sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des motz de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz dorez. Les quelz, estre quelque peu eschauffez entre nos mains, fondoient comme neiges et les oyons realement, mais ne les entendions pas, car c'estoit languaige Barbare. »

« Je vouloys quelques motz de gueule mettre en reserve dedans l'huille, comme l'on guarde la neige et la glace, et entre du feurre bien nect. Mais Pantagruel ne le voulut, disant estre follie de faire reserve de ce dont jamais l'on a faulte et que tous jours on a en mains (...). »

François Rabelais, Le Quart Livre (1552), Chap. LVI.

Traduction en français moderne

« On est ici aux confins de la mer de Glace, où, au début de l'hiver dernier, eut lieu une grande et cruelle bataille entre les Arismaspiens et les Néphélibates. Alors gelèrent dans l'air les paroles et les cris des hommes et des femmes, les chocs des masses d'armes, les heurts des armures, des carapaçons, les hennissements des chevaux et tout autre vacarme de combat. Maintenant, la rigueur de l'hiver étant passée, le beau temps doux et serein étant arrivé, elles fondent et on les entend. »

« Alors, il nous jeta sur le tillac de pleines poignées de paroles gelées, et elles ressemblaient à des dragées perlées de diverses couleurs. Nous y vîmes des mots de gueule, des mots de sinople, des mots d'azur, des mots de sable, des mots dorés. Après avoir été échauffés entre nos mains, ils fondaient comme neige, et nous les entendions réellement, mais non ne les comprenions pas car c'était langage barbare. »

« Je voulais mettre en conserve dans l'huile quelque mots de gueule, tout comme on conserve de la neige et de la glace dans la paille bien nette. Mais Pantagruel refusa, disant que c'était folie de mettre en conserve ce qui ne manque jamais et que l'on a toujours sous la main (...). »

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