Ogun ne mange pas l'argent d'un autre, ...

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Description

Effectif : Marimba solo
Création : 08.08.2014, festival midis/minimes, Jean-Louis Maton
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La première partie de la pièce s'inspire des chants appris lors de l'initiation à un vaudou ou un orisha, divinités dont le culte est encore présent au Bénin. Ces chants appris par les initiés pendant plus de deux ans dans le plus grand secret, sont encore aujourd'hui une véritable énigme musicale : "chanté d'une voix flûtée, totalement sans vibrato, et dans le registre suraigu, le chant est purement vocalisé (ne comporte aucune parole) sur des valeurs très longues reliées entre elles par des mélismes courts et dessinés avec beaucoup de précision." (G. Rouget) Harmoniquement, il est très chromatique, ce qui est une rareté sur le continent africain. Mais le plus étrange reste la position dans laquelle ce chant est exécuté : accroupi, la tête rentrée entre les jambes, face contre terre, sans aucun contact avec les autres chanteurs/euses.

J'ai voulu retranscrire ce ressenti très intérieur, en adaptant une de ces mélodies au marimba, par exemple jouée dans le registre le plus aigu de l'instrument, perdue dans un flot de doubles croches presque inaudibles. Au musicien et aux auditeurs de l'entendre au plus profond d'eux-même... Afin de traduire la grande complexité rythmique, j'ai transformé petit à petit la mélodie au moyen des techniques d'écriture de l'ars nova, dont la conception musicale n'est sans doute qu'une héritière de ces chants sans âge.

La deuxième partie quant à elle s'inspire de la cérémonie de possession qui conclut l'initiation. Celle-ci est beaucoup plus tournée vers l'extérieur : l'initié danse en imitant le dieu qui le/la possède, le tambourinaire guide ses pas, un choeur rappelle ici et là les gloires passées de la divinité. Tout le monde réagit à ce qui se passe, et c'est une véritable pensée collective qui va métamorphoser le possédé. Pour ma pièce, j'ai voulu retranscrire ce vécu en demandant au musicien de réagir à la résonance de son instrument dans la salle. Son écoute n'est plus seulement intérieure, mais tournée vers ce qui le relie presque physiquement avec les auditeurs dans la salle : l'acoustique de l'endroit dans lequel ils se trouvent tous installés.

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